Il y a 3 mois, je prenais la parole au Congrès des Offices de Tourisme de France qui fêtait leur centenaire. J’expliquais à l’ensemble des offices de tourisme présents l’importance de revenir sur les valeurs originelles du tourisme (ce qui prévalait ce texte sur l’utopie de l’hospitalité) : Hospitalité, Partage, Sens.

HOSPITALITE : Générosité, bienveillance, cordialité dans la manière d’accueillir et de traiter ses hôtes

Mais pourquoi donc ? Dans les zones d’ombre de notre société qui pointent leur nez face à l’urgence climatique et autres maux, je suis persuadé que les offices de tourisme auront un rôle fort à jouer, qui dépassera allègrement le secteur du tourisme. C’est l’un des axes forts de cette utopie de l’hospitalité.

Le mot « Hospitalité » va nous être bien nécessaire pour imaginer cette utopie sociale dont nous avons besoin. Car au-delà des acteurs du tourisme, c’est toutes les populations qui devront faire preuve d’hospitalité dans la société de demain. Or, qui de mieux que les acteurs du tourisme et les offices de tourisme pour devenir les garants de ces valeurs dans la société de demain.

 

Urgence climatique, crise sociale

On parle beaucoup de tourisme durable ces derniers temps, bien plus que d’ordinaire. Les soi-disant grands méchants du tourisme sont pointés du doigt par les médias, fautifs d’inaction manifeste pour sauver le climat. On cherche donc des solutions pour réduire l’impact du tourisme sur le climat. Absorption carbone, taxe, recherche et développement pour des technologies propres, etc. Le problème dans cette vision, c’est que cela va uniquement faire qu’augmenter les prix dans l’aérien, dans les voyages, etc. Or, c’est une vision largement élitiste et simpliste et elle pourrait engendrer frustration et casse sociale.

Le gouvernement avait bien tenté la même stratégie quand il a voulu taxer les carburants. Résultats : des manifestations monstres de gilets jaunes dans toute la France et un vrai clivage de la société en deux clans. La convergence des luttes écologiques et sociales a eu lieu quelques mois plus tard. « Fin du mois, fin du monde : même combat » proclamait une partie des écologistes et des gilets jaunes réunis. De nombreuses questions ont commencé à paraître dans les médias : Comment imaginer une politique écologique qui ne soit pas punitive pour les classes populaires ? Riches et pauvres sont-ils égaux face aux défis du changement climatique ?

 

 

Des offices de tourisme en pleine révolution

Attendre que le touriste entre dans l’office de tourisme pour lui donner une brochure. Voilà une vision de ce que beaucoup de gens ont d’un office de tourisme. Or, ces organisations sont en pleine révolution ces dernières années. Au-delà de l’accueil, ce sont des femmes et des hommes qui animent une stratégie touristique de territoire, qui connectent les personnes et permettent aux projets de se réaliser. Le travail réalisé par la Commission Prospective d’Offices de Tourisme de France a permis de mettre en lumière de belles perspectives futures pour ces organisations. Des offices hors les murs, des tiers-lieux hybrides pour tous, des organisations coopératives ou encore des offices uniquement pour les habitants. Voilà toutes les histoires que l’on peut retrouver sur le site Internet de l’Office de Tourisme du futur.

A Evreux, l’office de tourisme a d’ailleurs changé de nom pour s’appeler le Coomptoir des Loisirs (Coo pour coopérative), dédié aux habitants de la ville. De nombreuses actions et évènements sont organisées en faveur des habitants. On y retrouve ainsi une boutique, un espace billetterie, des informations sur les loisirs locaux, de la vente de produits en circuits courts. Dès lors, les salariés de la coopérative ont réussi à créer un véritable climat de confiance avec les habitants.

 

Reconnecter les gens, en vrai

Cet exemple-là est, selon moi, symptomatique d’un renouveau dans les offices de tourisme et dans la sauvegarde des valeurs d’hospitalité. A Evreux ou ailleurs, les habitants apprennent à se retrouver à nouveau, à travers un lieu et des animations bienveillantes tout au long de l’année. On s’imagine aisément que les salariés s’impliquent bien au-delà de leur temps de travail au sein de la boutique ou de l’espace de conseil. C’est un tout nouvel état d’esprit qui anime l’ensemble des équipes. Il s’agit ainsi d’être les porteurs des valeurs défendues et donc de réaffirmer cette solidarité entre les personnes à la fois de la ville mais aussi les gens de passage, que ce soient des touristes, des familles visitant une personne hospitalisée, en stage ou autre.

En revenant ainsi aux principes de l’hospitalité d’origine, le travail des salariés de l’office de tourisme ou du coomptoir comme ici à Evreux peut s’imaginer bien au-delà du conseil aux visiteurs. En étant ainsi à l’écoute des habitants, les équipes devront s’intéresser à des sujets bien plus vastes que ceux du tourisme et des loisirs. Il s’agit de s’intéresser aux problématiques des gens, dans leur vie quotidienne. Et pour y répondre, quoi de mieux que de connecter les solutions et les personnes, en vrai.

 

S’imprégner de la Convention de Faro pour inventer cette utopie de l’hospitalité

Au fond, derrière cette défense des valeurs de l’hospitalité, il s’agit de s’intéresser avec force à la Convention de Faro. Bien peu de personnes dans le tourisme connaissent l’existence de cette Convention. Elle correspond pourtant avec force à cette utopie sociale qui nous guide ici. En 2005, le Conseil de l’Europe a souhaité préciser le point de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sur le droit pour chaque personne de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté. Ainsi, la Convention précise la nécessité de reconnaître à chaque personne, seule ou en commun, le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement, c’est-à-dire le droit de désigner de ce qui fait patrimoine pour soi, de prendre part aux choix de sa mise en valeur ou de donner son avis sur l’usage qui en est fait, seul ou en commun.

Derrière cette Convention, on retrouve ainsi de nombreuses initiatives où des habitants se sont réunis et se sont intéressés à ces questions de l’accueil, de l’hospitalité. La coopérative Hotel du Nord par exemple est un magnifique exemple de réussite dans les quartiers Nord de Marseille qui dure depuis de nombreuses années. En novembre dernier, à Saint-Denis, la troisième rencontre FARO Conseil de l’Europe Action / Recherche sur les économies de l’altérité (tourisme, récits, hospitalité) a eu lieu avec de nombreux chercheurs comme Saskia Cousin et initiateurs de projets dans les territoires. Des balades urbaines dans les quartiers ont été organisées pour montrer des lieux avec de nouveaux regards pour les habitants. Cette Convention de Faro est une belle opportunité pour les offices de tourisme afin de reconnecter les habitants avec leur patrimoine et de pouvoir le faire partager avec toutes les personnes de passage sur le territoire.