Sur Linked In, j’ai été interpellé sur plusieurs publications par Jean-Pierre Leclerc qui me faisait comprendre que les réflexions sur le tourisme durable, cela doit aussi prendre en compte la question du tourisme pour tous et donc, bien entendu, des voyageurs LGBT pour Lesbienne Gay, Bisexuel, Transsexuel / Transgenre. Etant donné que je connais assez peu le sujet, j’ai fait le point avec lui et voilà ce qui ressort de notre échange particulièrement pertinent !

 

Qui est Jean-Pierre Leclerc?

Tout d’abord, qui est ce Jean-Pierre Leclerc ? Il se présente comme Gay travel designer, concierge, Gay wedding planner, Gay destination Ambassador & Influenceur. Sacrées casquettes ! En gros, il conçoit des voyages et des événements sur mesure en France et ailleurs où les homosexuels sont les bienvenus. Il a monté sa société car il a justement vu qu’il manquait des offres qui répondaient parfaitement à ses attentes, étant lui-même homosexuel. Il travaille ainsi avec de très nombreux opérateurs en France et à l’international. Derrière ce travail, il ambitionne d’agir, de faire du plaidoyer pour favoriser les voyages pour cette clientèle.

Car oui, en France, nous ne parlons que très peu de ce sujet ! C’est vrai que sur les salons de Berlin et de Londres, de nombreuses conférences ont lieu sur ce thème. Mais alors problème sociétale en France ?

 

Un problème sociétal avant tout en France?

Non, pas forcément ! Une étude a montré que « 54% des Français ne trouvent pas choquant qu’un membre de sa famille soit homosexuel (20% plutôt pas & 34% pas du tout) ».  Pour autant, Jean-Pierre me rappelle qu’ « il y a presque autant d’homosexuels dans le Monde que d’habitants en Europe soit 450 millions pour la fourchette basse & 750 millions pour la fourchette haute, ce qui représente un PIB de 2308 milliards d’Euros ». Pour autant, l’acceptation n’est pas totale encore par la population française : « Ils ont ainsi choqués à 63% par un couple d’homosexuels qui s’embrassent dans un lieu public, 46% par l’existence de manifestations et défilés homosexuels, 36% de voir un couple se tenir la main dans un lieu public et 24% par l’existence de bars ou lieux de rencontres fréquentés principalement par des homosexuels. »

 

Le tourisme LGBT, un sacré marché!

Pour autant, le marché du tourisme LGBT est énorme. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, il génère 10% du revenu annuel du tourisme mondial soit 1 386 milliards de d’euros. Les voyageurs LGBT ont un revenu supérieur de 2,8 fois par rapport à un touriste traditionnel (Source : IGLTA – International Lesbian Gay Bisexuel & Trans and Intersex Association). Ces voyageurs effectuent en moyenne 5 à 7 voyages par an. 85% sont influencés par les campagnes qui les ciblent. Et bien entendu, ils préfèrent les destinations où « l’assimilation avec la population locale est possible et surtout où il est possible de sortir d’un environnement hétéro-normé. »

Jean-Pierre ajoute : « Je ne parle donc pas de niche mais d’un marché à forte croissance et résilient qui se développe de plus de 10% par an ! ». Or, attention, impossible de mettre l’ensemble des gays dans le même panier. Tout comme pour la clientèle hétéro, on trouve des attentes différentes pour chacun. Philippe Mugnier le disait déjà dans son article de 2008 : « Malgré ces données intéressantes, les personnes homosexuelles constituent tout sauf un segment homogène et sont très loin de former un groupe sociologique stéréotypé. ». « En matière de production comme de marketing, cette diversité rend la tâche très difficile pour les destinations et les entreprises qui souhaitent les séduire et fidéliser. Il n’y a donc pas de « tourisme gay » à proprement parler : ils et elles sont à l’image des habitants de cette planète, divers et singuliers. Nous ne pouvons parler que de  »tourismes des homosexuel(le)s » – au pluriel. »

Chose important que Jean-Pierre me rappelle, c’est que notre société est totalement hétéro-centré. Pendant les vacances, cette clientèle souhaite justement couper avec cette société et est donc clairement sensible aux destinations et aux offres gay-friendly afin de ne pas subir les gênes des réceptionnistes en exigeant un grand lit pour 2 hommes ou un conseiller d’un office de tourisme incapable de renseigner sur les boîtes de nuit gay…

 

Recherche offre LGBT en France désespérément…

Et pourtant, la France est bien en retard sur ce marché. Nous sommes le seul pays d’Europe à ne pas avoir de TO ou d’agences réceptives dédiés. Jean-Pierre dénombre un tour-opérateur émetteur avec My Gay Places. On dénombre enfin uniquement 520 maisons et chambres d’hôtes LGBT en France ainsi qu’une centaine d’hôtels LGBT. Trop peu. Et on ne parle pas de Atout France, des CRT, des ADT ou des Offices de Tourisme qui ne présente guère les offres gay-friendly. Les offices de tourisme de Paris & de Lyon font un peu exception avec une offre sur leur site.

 

Mais que faut-il faire pour mieux accepter, accueillir, développer ce créneau ? Pour Jean-Pierre, la réponse est simple : Formation

« Il faut former ! Former les gens sur l’accueil du client homosexuel et sur les attentes de ce marché. La encore on s’imagine que nous ne voulons qu’aller en boites de nuit, dans des lieux de débauche et sur les plages naturistes pour nous mater et plus si affinités… J’ai proposé une formation qui m’a valu une volée de bois vert et un nombre de noms d’oiseaux dont je ne connaissais même pas l’existence… Il est absolument regrettable qu’aucune école et aucun organisme de formation professionnelle ne propose d’étudier ce marché et de s’y adapter. Pour proposer des formations sur l’art et la manière de recevoir un chinois, pas de soucis. Mais « apprendre à recevoir un dégénéré d’homo vous n’y pensez pas mon brave monsieur ». Voilà la réflexion que j’ai reçue ! »

Jean-Pierre me montre par cet exemple qu’il y a encore du chemin à faire ! Il multiplie les exemples de manque de bienveillance de la part des professionnels pour la clientèle gay et ça me choque, vraiment ! Je pensais que nous vivions dans une société bien plus ouverte sur ce sujet et je me trompe (d’où l’intérêt d’écrire ce papier).

Après la formation des professionnels, il faut communiquer sur les offres. Or, comme le dit Philippe Mugnier dans son article : « A besoins spécifiques, marketing spécifique. Gare par contre aux professionnels qui viendraient sur le marché des tourismes gay avec de gros sabots.  Depuis tout petits, les gays et lesbiennes ont appris à se méfier !  Que les pros du tourisme réfléchissent à 2 fois sur la manière de les draguer et qu’ils s’entourent de bons conseils de spécialistes. Détenteurs de la  »Pink money » certes, mais vache à lait, non ! »

Il existe une plateforme, l’IGLTA qui regroupe des sociétés (voyagistes, réceptifs, transports, hébergement, …) et des institutions (stations, villes, régions,…) du tourisme émetteur et réceptif mondial. Fondée en 1983 aux Etats-Unis, l’IGLTA est désormais avec plus de 1500 membres de tous les continents la 1ère association professionnelle au monde visant par des actions de formation, de promotion et de networking à la meilleure prise en compte, organisation et développement du tourisme des personnes homosexuelles. Or, la France est clairement sous représentée à l’exception de l’Ile de la Réunion, du département du Gers et quelques opérateurs privés.

Jean-Pierre ajoute pour finir : « Là ou les destinations concurrentes à l’Hexagone ne voient évidemment que de l’économie et du marketing, la France voit dans l’idée de promouvoir son offre touristique auprès des personnes homosexuelles de l’idéologie et de la politique. Un mélange des genres qui handicape la promotion internationale de l’Hexagone et son attractivité. Paris, qui l’eût cru, est sur ce point avec son Office du Tourisme, l’une des capitales européennes ayant le plus modeste des engagements assumés sur ce segment de clientèle. Politique, quand tu nous tiens… (permettez que je vous rappelle l’édition par les services d’une brochure à destination des gays américains qui s’était terminée par une polémique sur les bancs de l’Assemblée Nationale…) Madame Hidalgo de son côté, freine aujourd’hui indirectement toute initiative de l’OT de Paris à ce sujet. J’en ai fait l’amère expérience… Les commerces du Marais ne témoignent pas de la meilleure forme qui soit… »

 

Alors, à quand l’intégration du tourisme LGBT dans la stratégie de développement touristique de la destination France et de nos grandes régions ? A quand un rapprochement des enjeux du tourisme durable avec les enjeux de l’acceptation du tourisme LGBT ? Pour ce dernier point, en tant que président d’Acteurs du Tourisme Durable, je promets de mettre le sujet sur la table de la prochaine rencontre !

 

A bientôt,

 

Guillaume CROMER, directeur ID-Tourism (Suivez moi sur Twitter)

 

PS: Il y a quelques jours, Justin Trudeau, le Premier Ministre Canadien a fait ce discours très fort pour s’excuser auprès des homosexuels, victime de discrimination…