Selon une étude Ipsos intitulée “Le slow” ou l’aspiration des européens à ralentir” , datant de mars 2011, plus de 50% de la population pensent que leurs rythmes de vie ne cessent de s’accroître depuis ces 5 dernières années. De la même manière, l’étude qui a interrogé 4000 personnes à travers 4 pays européens (Royaume-Unis, Allemagne, France et Italie) démontre que 40 % de la population tentent de ralentir leur rythme de vie au quotidien, que 37% des personnes souhaiteraient pouvoir le faire mais ne le peuvent pas par contrainte, et 23 % ne souhaitent pas ralentir. Au final, nous pouvons affirmer que 8 personnes sur 10 désirent (voir effectuent) un ralentissement de leur rythme de vie au quotidien.

 

Un peu d’histoire…

Le mouvement “Slow” prend racine en Italie au début des années 80, lorsqu’un groupe de gourmets piémontais dont Carlo Petrini (un journaliste sociologue et critique gastronomique) décide de porter un nouveau regard sur notre alimentation et sur le secteur de l’agriculture, en dénonçant l’implantation d’un McDonald en plein cœur du centre historique de Rome. En 1989, le mouvement prend de l’ampleur et devient de plus en plus contestataire au niveau international et devient le mouvement Slowfood luttant contre le phénomène du “fastfood” et de la “fastlife”, qui détruit les ressources naturelles de notre planète. Le mouvement Slow s’est ensuite extrapolé vers d’autres secteurs économiques dont le tourisme.

Appelé Slowtourism, cette façon de voyager considérée au départ comme une mode est en train de se muer en tant que changement structurel dans la consommation des touristes . Il  semble être de plus en plus pris en compte par l’ensemble des acteurs du marché touristique.

Les produits  Slowtourism en France, quels incontournables?

La recherche d’expériences authentiques, le besoin de déconnexion à la fois technologique et du quotidien de plus en plus morose et stressant, sont les facteurs principaux qui ont accompagné l’émergence de ce type de voyages qui étaient réservés au départ aux classes sociales aisées. Les voyages en Orient express ou encore du Venice Simplon Orient Express, qui vous plonge dans un séjour semblable à celui des touristes des années 20, en sont des exemples éminents. Toutefois, ce mode de voyages s’est aujourd’hui étendu vers des séjours beaucoup moins onéreux et touche de plus en plus le secteur du tourisme de proximité et des courts séjours.

(Ici, le magnifique train touristique Orford Express au Québec)

Concernant les voyages en train, il existe par exemple le train à vapeurs de Trieux  en Bretagne, faisant le trajet entre Paimpol et Pontrieux pour 23,50 euros par personne, ou encore le train touristique des gorges de l’Allier proposant des formules comprises entre 20 et 80 euros par personne dans laquelle est compris un menu gastronomique.

Toutefois, l’incontournable évolution sous-jacente au mouvement Slow dans le secteur du tourisme concerne celle du cyclotourisme qui depuis les 5 dernières années est l’un des secteurs les plus dynamiques du marché. En effet, dans la dernière étude d’Atout France sur le secteur du cyclotourisme datant d’Octobre 2009, on estime que le chiffre d’affaire généré par cette pratique avoisine les 2 milliards d’euros, avec une croissance estimée à 100 % d’ici 2015 (soit un potentiel de 4 milliards d’euros.) Dans cette même étude, il a été démontré dans le PNR (Parcs Naturel Régional) du Luberon qu’un cyclotouriste dépense en moyenne 70 euros par jour et séjourne dans 80% des cas dans un hébergement marchand pour se reposer. Dans le même temps en Val de Loire, le nombre de circuits proposés a progressé d’environ 28%, grâce à l’incroyable réussite de la Loire à Vélo.

Le phénomène est si fort qu’en 2012 l’association France Vélo Tourisme fut créée et permet aux touristes de planifier des séjours entièrement à vélo à travers l’ensemble du territoire français. Par ailleurs, il existe aujourd’hui des tour-opérateurs spécialisés dans le domaine comme la bicyclette verte ou encore le vélo voyageur.

Parmi les autres segments du Slowtourism, on note le retour en force des balades fluviales qui, là encore, n’est plus seulement une pratique que l’on effectue lors d’un voyage en Egypte sur les rivages du Nil mais de plus en plus sur nos fleuves en France. En effet, parfois appelé randonnées fluviales, ce mode de visite connait une croissance très forte, non seulement en tant que mode de transport mais aussi en tant que produits touristiques. Selon une étude de la VNF (Voies Navigables de France) conduite en 2010, le secteur du tourisme fluvial représente 410 millions d’euros. Certaines régions de France comme l’Aquitaine, par exemple, connaissent une véritable explosion de la demande avec un nombre de passagers de +28% entre 2008 et 2009.

Le Slowtourism dope les séjours lointains pour les classes aisées et dynamise les secteurs du tourisme de proximité pour les classes moyennes.

Le safari photo à tout allure dans le désert ou dans la savane africaine, ou encore les séjours organisés dans lesquels vous visitez un pays en une semaine, ne sont plus à la page pour les touristes européens ; surtout pour les CSP + qui aspirent vers une autre façon de voyager. Ce sont ceux-là mêmes qui sont à l’origine du retour des voyages en Montgolfières ou encore des voyages scientifiques dans lesquels le touriste reste 2 semaines à un endroit précis pour découvrir et protéger la biodiversité d’une contrée lointaine.

Dans ce cadre, le tour-opérateur “Voyageurs du monde” fait partie de ces entreprises qui depuis une trentaine d’années exploitent parfaitement ce filon et propose aux touristes des voyages haut de gamme voire très haut de gamme de découverte “lente”. Thèrese Battesti, directrice Marketing et de la production de ce TO avait déclaré en 2010, dans le journal en ligne Youphil.com  : “ nos clients ont envie de partir plus longtemps, de déguster le pays différemment, d’être comme les habitants”.

Du coté cette fois des classes moyennes, le contexte de crise renforce le marché du tourisme de proximité. Les Français ont de moins en moins les moyens de partir deux semaines dans le sud de la France, voire même de dépasser les frontières de leur région. Ils optent plutôt pour des séjours plus courts soit dans un hébergement non marchand (visite de la famille) soit dans des séjours nature dans leur propre région. L’engouement actuel pour les parcs de loisirs, les centres nautiques ou les parcs zoologiques montre bien ce phénomène.

Plus encore, on assiste aujourd’hui a une montée en puissance du “Staycation” (les vacances à la maison) durant lesquelles les personnes réalisent du bricolage en famille ou s’organisent des balades en vélo pour la journée dans des lieux aux alentours du domicile. Pour pallier à ce phénomène, le secteur de l’hôtellerie contre-attaque déjà en France afin de ne pas perdre trop de clients durant la saison estivale. Par exemple, en 2008, 15 hôtels des Sables d’Olonne ont proposé aux vacanciers de rembourser leur plein d’essence (à hauteur de 70 € maximum) s’ils séjournent dans l’hôtel durant 4 nuitées (au minimum.)

Un effet de mode qui va perdurer…

Le Slowtourism est aujourd’hui souvent décrit comme un segment commercial du tourisme, un produit qui comme beaucoup d’autres est un effet de mode et passe par les 3 stades du cycle de vie d’un produit : croissance, maturité et déclin. Toutefois, il ne faut pas oublier que le Slowtourism émane d’un mouvement social dont les racines dépassent le seul contexte de crise économique des Subprimes de 2008. En effet, l’émergence du slowtourism stigmatise, selon nous, une volonté des touristes de se retrouver dans des choses simples qui font la beauté du voyage et qui finalement reflète la valeur qui a poussé les premiers touristes aristocrates qui faisaient le “Grand tour” au début du 18ème  siècle : la découverte de l’autre pour mieux se découvrir soi-même. Et cela passe par des produits touristiques emprunts d’authenticité (produits de terroirs et rencontres humaines) de découverte, de dépaysement et de ressourcement.